Santé mentale et situation familiale, des liens complexes, d’après une étude

15 mai 2026

Les Mutualités Libres ont mené une récente étude. Elle porte sur un lien significatif entre la situation familiale et le recours aux soins de santé mentale. Les données de pas moins de 312.543 membres ont été nécessaires, entre 2017 à 2024. Les résultats révèlent une forte augmentation du recours aux soins de santé mentale pour l’ensemble de la population étudiée. Cela s’expliquerait par un manque d’interactions sociales de qualité (pour les personnes seules, sans enfants) avec pour conséquence un développement de troubles de santé mentale. Mais ce n’est pas si simple…

Sur la plateforme Born in Brussels, une page a récemment été créée – en collaboration avec Bru-Stars, Réseau de santé mentale pour enfants et adolescents – sur le sujet de la santé mentale périnatale (puisque notre public comprend aussi les mamans vulnérables). Pour rappel, la périnatalité est la période qui comprend les 9 mois de grossesse jusqu’aux deux ans et demi de l’enfant. Les (futurs) parents n’osent pas toujours parler de leur vécu car ils ont souvent peur d’être stigmatisés comme « mauvais parents ». Face à ces idées reçues, ils peuvent avoir peur de demander de l’aide. De même, les professionnel.le.s n’osent pas toujours aborder le sujet de la santé mentale, d’autant plus quand les facteurs de risques ne sont pas visibles. Il est important de traiter les difficultés de santé mentale comme n’importe quelle autre maladie associée à la grossesse.

N’hésitez pas à consulter notre nouvelle page « Santé mentale périnatale » (en cours de finalisation) sur laquelle se trouve une multitude de ressources : les professionnel.le.s du secteur, un répertoire des acteur.rice.s de la santé mentale périnatale bruxellois ainsi que d’autres informations clés sur le sujet. Pour l’heure, cette récente étude apporte sur lot de réflexion sur les liens entre la situation familiale et la santé mentale des bruxellois.

{Communiqué des Mutualités Libres : « La situation familiale, un facteur déterminant dans le recours aux soins de santé mentale »}

Forte augmentation globale du recours aux soins de santé mentale

Principaux constats de l’étude :

  • L’utilisation chronique d’antidépresseurs a augmenté de plus de 60 %
  • Le recours aux antipsychotiques a presque doublé (+93 %), malgré un groupe concerné plus restreint
  • Le nombre de personnes consultant un psychiatre a augmenté de près de 30 % entre 2017 et 2023

Cette évolution pourrait refléter une pression croissante sur la santé mentale, mais peut aussi être liée à une évolution des pratiques de prescription et une plus grande ouverture à la demande d’aide psychologique.

Impact de la situation familiale et genre : des écarts marqués

Des recherches antérieures de BELHEALTH avaient déjà montré un lien entre solitude et une moins bonne santé mentale, associée notamment à des symptômes dépressifs, des troubles anxieux et une moindre satisfaction de vie. Cette nouvelle étude confirme cette association entre solitude et vulnérabilité psychique accrue :

  • Les personnes sans partenaire présentent davantage de risques de recours aux antidépresseurs (+ 38 %) et aux antipsychotiques (+57 %).
  • Les personnes vivant seules sont 77 % plus susceptibles de consulter un psychiatre que celles vivant avec un partenaire.
  • Les personnes sans enfants ont une probabilité plus élevée d’utiliser de façon chronique des antidépresseurs (+24 %), des antipsychotiques (+73 %) et de consulter un psychiatre (+12 %) que les personnes avec enfants.

Des différences marquées entre hommes et femmes

L’étude met également en évidence des écarts de genre significatifs dans le recours aux soins de santé mentale :

  • Les femmes ont près de deux fois plus de risques de consommer des antidépresseurs que les hommes
  • Elles consultent un psychiatre 49 % plus souvent

La combinaison du genre et de la situation familiale accentue encore ces différences. Les niveaux les plus élevés d’utilisation d’antidépresseurs et de consultations psychiatriques sont observés chez les femmes seules sans enfants.

À l’inverse, la consommation d’antipsychotiques est la plus élevée chez les hommes seuls sans enfants (+213 % par rapport aux hommes vivant avec un partenaire et des enfants).

Un lien complexe entre solitude et santé mentale

Il est important de souligner qu’aucune relation de causalité directe ne peut être établie. Les résultats suggèrent plutôt une interaction réciproque entre les facteurs étudiés. L’isolement social est associé à une prévalence plus élevée de symptômes dépressifs et anxieux, ainsi qu’à un recours accru aux psychotropes et aux soins de santé mentale.

Il ne s’agit pas d’inciter à chercher un partenaire ou à avoir des enfants. La réalité est bien plus complexe : le contexte familial et la santé mentale s’influencent mutuellement. Cette étude montre surtout que pour améliorer le bien-être mental, il faut aussi intégrer une quantité suffisante d’interactions sociales de qualité. Thomas Otte, expert aux Mutualités Libres

Des études montrent aussi que le regard négatif porté sur les troubles psychiques peut accentuer le sentiment de solitude. Les personnes concernées peuvent alors hésiter à en parler ou à demander de l’aide, ce qui renforce leur isolement. Un cercle vicieux difficile à casser peut ainsi s’installer, en particulier chez celles et ceux qui disposent de peu de soutien social.

Vers une politique de santé mentale attentive à la réalité sociale

Dans ce contexte, les Mutualités Libres plaident pour une politique de santé mentale qui :

  • Accorde davantage d’attention au groupe cible des personnes seules (avec ou sans enfants) dans le cadre du futur plan interfédéral soins de santé mentale (prévu pour 2026). Le plan ne doit pas se limiter aux soins, mais aussi mettre l’accent sur la promotion de la santé et la prévention des problèmes de santé mentale.
  • Brise la stigmatisation liée à la vulnérabilité psychique afin de renforcer la participation sociale, notamment via l’implication de patients-experts, via des campagnes de sensibilisation et d’information, ainsi que via des pratiques inclusives dans les organisations et services publics.
  • Fasse de la lutte contre la solitude une priorité politique, en investissant dans des lieux de rencontre de proximité et en soutenant le bénévolat et les initiatives locales. Les organisations qui œuvrent au renforcement de la cohésion sociale et de la participation méritent un soutien structurel. Elles doivent conserver une voix dans le débat politique, afin que les besoins des groupes, qui, autrement, seraient difficiles à entendre, reçoivent l’attention qu’ils méritent.
  • Investisse dans la formation et la recherche sur des interventions fondées scientifiquement contre la solitude, en formant les prestataires de soins de santé à la reconnaissance et à la prise en charge de la solitude, et en soutenant financièrement la recherche scientifique sur la solitude, associée à des évaluations en économie de la santé.
  • Renforce les mesures favorisant le contact social, notamment via le développement ou l’extension de programmes encourageant (en particulier les personnes seules) à participer à des activités sportives, artistiques, sociales et de loisirs.

→ Lire l’étude complète

→ Pour plus d’infos :

www.mloz.be

Samuel Walheer