« En Espagne, tous les parents ont droit au même congé de naissance »

14 avril 2026

Depuis cinq ans déjà, l’Espagne a mis en place un congé de naissance égalitaire entre la maman et le papa, qui vient de passer à 19 semaines (au lieu de 15 précédemment). La Ligue des Familles a voulu creuser le sujet et y consacre ainsi un dossier de six articles : genèse du congé, témoignages, « corresponsabilidad », paternité en mouvement, etc.

En Espagne, tous les parents ont droit au même congé de naissance. Une réforme destinée à combattre, entre autres, les inégalités entre hommes et femmes. Tant au sein des familles – en augmentant l’implication des pères – que dans le monde du travail – en réduisant la pénalisation des mères – et dans la société en général », indique Le Ligueur, journal de La Ligue des Familles, en préambule de son dossier sur le sujet.

Deux articles en libre accès

Si la plupart des articles du dossier du Ligueur – soutenu, dans ce projet, par le Fonds pour le journalisme – sont réservés aux abonnés, deux d’entre eux sont en libre accès : « Congé de naissance : des papas témoignent » et « Le long chemin vers la « corresponsabilidad » ».

Le premier article donne la parole à Vincent, Sergio et Dìdac. « Ils sont devenus papas en Espagne ces dernières années et ont passé autant de temps que leur compagne auprès de leur bébé. Pour le Ligueur, ils partagent leur expérience du premier congé de naissance égalitaire. »

Le second papier parle de la « corresponsabilidad », un mot espagnol « très utilisé en Espagne pour désigner l’égalité parentale. Le modèle coresponsable est celui dans lequel hommes et femmes ont des rôles similaires : ils consacrent le même temps aux soins et participent de manière égale au marché du travail. Une conception à l’opposé du modèle traditionnel du père pourvoyeur de revenus et de la mère pourvoyeuse de soins. »

Vers le dossier complet du Ligueur

« Les possibilités d’implication sont vraiment partagées à 50-50 entre un père et une mère »

Derrière cette enquête d’envergure se trouve la journaliste Valentine De Muylder. Elle a récemment été interviewée par la radioTendances Premières afin d’expliquer plus amplement son projet. Elle relate par exemple ses rencontres à Barcelone avec ce papa français, ravi d’avoir pu rester si longtemps avec son enfant : « Il a vraiment pris conscience de ce que c’est que de prendre soin d’un enfant au quotidien sans se tourner systématiquement vers la mère qui peut encore souvent être considérée un peu comme la principale responsable des soins » précise la journaliste à Tendances Premières. Elle évoque aussi ses recherches auprès d’économistes ou autres spécialistes du sujet. Elle a notamment découvert que « dans certains hôpitaux à Barcelone, pour les couples hétérosexuels qui entament un suivi de grossesse, il est possible pour les futurs pères de participer à un groupe animé par une sage-femme et un animateur anthropologue spécialisé pour réfléchir au modèle de la paternité. Et aussi à prendre conscience que, mis à part certaines différences biologiques, leurs possibilités d’implication sont vraiment partagées à 50-50 entre un père et une mère ».

Écouter l’interview de la journaliste Valentine De Muylder dans son intégralité

Quid de la Belgique ?

Dans son interview, la journaliste donne une piste intéressante sur les avancées belges en la matière : « En Belgique, une réforme des congés familiaux est annoncée avec sur la table l’idée de créer des semaines de congé supplémentaires qui seraient liées à l’enfant. Donc, les parents pourraient choisir qui le prend. À entendre les économistes espagnols, le risque, c’est que ce soient les mères qui les prennent et que les pères les prennent assez peu. Et donc, que l’on n’aille pas forcément vers plus d’égalité avec ce type de liberté de choix, entre guillemets. » C’est d’ailleurs pour cela que le congé de naissance espagnol respecte deux conditions essentielles pour conserver l’égalité : que le congé soit très généreusement rémunéré et qu’il soit intransférable du père à la mère. « Car si les congés sont transférables entre conjoints, et que le père a la possibilité de céder une partie de ses congés à la mère, en pratique, ils le font », explique enfin la journaliste.

 

Sofia Douieb