Reportage à l’Unité 3 de la Clinique La Ramée : lieu de prise en charge des mères en détresse avec leurs bébés

5 novembre 2026

L’Unité mère-bébé ou Unité 3 de la Clinique La Ramée accueille des mères en situation de grande vulnérabilité avec leurs bébés. Elles peuvent y être hospitalisées et trouver un encadrement thérapeutique afin de faire face à leurs difficultés et regagner petit à petit en autonomie. À la base de cette initiative, le Dr. Karine Mendelbaum, directrice médicale et cheffe de service de la Clinique. Born in Brussels est allé à sa rencontre et en a profité pour visiter les locaux (y compris ceux de l’IHP La Lisière, située dans la même rue), tout en discutant avec le personnel soignant. 

Salon de l’Unité mère-bébé de la Clinique La Ramée – Photo : Sofia Douieb

 

Dans les beaux quartiers de Uccle, la Clinique psychiatrique La Ramée (Réseau Epsylon) ne ressemble pas vraiment à un hôpital. La porte coulissante s’ouvre sans sonner. Trois étages, pour trois unités. L’unité 1 prend en charge les problèmes d’addiction et de dépendances. L’unité 2 est destinée aux adolescent.e.s présentant des troubles des conduites alimentaires. Et l’Unité 3 – celle pour laquelle l’équipe de Born in Brussels s’est déplacée –, s’occupe, entre autres, des difficultés liées au lien mère-bébé dans la période périnatale. Mais c’est d’abord dans un local du rez-de-chaussée que nous sommes accueillies par notre hôtesse du jour.

Karine Mendelbaum, de l’ambition à la réalisation

Vêtue de noir, tout sourire, la directrice médicale nous fait prendre place de l’autre côté de son bureau. « Les cafés sont déjà en route », rassure-t-elle en s’asseyant. Sans perdre de temps, elle entre dans le vif du sujet avec un bref historique de la Clinique et surtout de l’unité mère-bébé qui nous concerne. Elle rappelle d’emblée que l’initiative date d’il y a une vingtaine d’années déjà. « On a commencé, avec un collègue, par lancer des séminaires théorico-cliniques sur le sujet et par rencontrer nos homologues français, ainsi que l’équipe de Titeca à Bruxelles qui avait déjà commencé la même démarche. Ensuite, on a essayé de voir comment on pouvait organiser cela de façon spatio-temporelle pour finalement décider d’ouvrir l’unité au sein de la Clinique La Ramée. »

Son rôle à elle, quand des patientes lui sont envoyées – souvent par les hôpitaux, les médecins généralistes, le Service d’Aide à la Jeunesse (SAJ) ou, plus récemment, par les proches de la maman –, est d’évaluer la nécessité ou pas d’une hospitalisation ou d’une éventuelle prise en charge. Étant donné que la Clinique est ouverte et qu’il n’y a pas de médecin la nuit, il n’est pas possible d’accueillir des mamans trop agitées ou en en décompensation, par exemple. En tant que cheffe de service et psychiatre, Dr. K. Mendelbaum gère une équipe de 15 soignant.e.s et prend en charge les mamans avec un suivi régulier pendant leur hospitalisation.

À la question de savoir ce qui a changé en 20 années d’existence de la Clinique, elle explique : « Au niveau de l’Unité, plusieurs choses ont évolué. Premièrement, une systématisation de la prise en charge s’est mise en place ; on sait désormais beaucoup mieux comment l’accueil s’organise, qui fait quoi et comment on le fait…

Deuxièmement, la périnatalité de manière générale s’est fortement développée ces dix dernières années, tant par rapport aux prises en charge dans les maternités, que dans la manière dont les centres ont ouvert leurs portes ; on a d’ailleurs parfois l’impression que les initiatives de soins dans le domaine de la périnatalité poussent comme des champignons. Troisièmement, on accueille davantage de personnes avec des problématiques de précarité sociale. Et enfin, les demandes sont davantage structurées : elles sont désormais centralisées par une infirmière sage-femme, ainsi que par une assistante sociale, coordinatrice de La Lisière. Une première anamnèse se fait par téléphone avec un canevas précis, avant de permettre les rencontres hebdomadaires avec le Dr. Mendelbaum, destinées à savoir comment donner suite le mieux possible aux demandes. »

Unité 3 de la Clinique La Ramée, une parenthèse vers un trajet de soins adapté

La cheffe de service nous adresse ensuite au troisième étage, à la rencontre de Fanny, infirmière à l’Unité 3. Nous la trouvons à l’accueil, derrière le comptoir : « Ah c’est vous qui venez de la part du Docteur Mendelbaum, bienvenue ! » Pas le temps de répondre, car une maman et son bébé ont besoin de son aide. Dans la pièce commune du service, remplie de jouets et de tapis colorés, l’enfant n’arrête pas de pleurer et refuse de manger sa panade. Fanny apaise la situation et se charge du petit garçon, alors que la maman s’éclipse un instant. Nous en profitons pour discuter avec l’infirmière qui porte le bébé dans ses bras, soudain calme et souriant. « Comme vous voyez, on établit un contact intime avec les bébés », lance-t-elle à voix basse. Elle explique ensuite son rôle au sein de l’unité et évoque le fait qu’elle continue à se former plus spécifiquement pour le secteur pédiatrique.

Fanny, infirmière à l’Unité 3 de la Clinique La Ramée

 

L’unité mère-bébé dispose de cinq chambres, accessibles aux mamans et leur bébé de 0 à 1 an (l’âge de la marche). Les professionnelles qui y travaillent accompagnent des situations très différentes, parfois particulièrement complexes : dépression du post-partum, trouble de la personnalité, précarité, toxicomanie… Chaque cas est différent et l’objectif de la prise en charge à la Clinique La Ramée est de permettre à ces dyades mères-bébés de créer ou recréer un lien. Une parenthèse de un à trois mois d’hospitalisation en moyenne pour aider la maman à s’autonomiser et élaborer avec elle un trajet de soins adapté.

Une évolution est possible dans pratiquement toutes les situations », rassure Fanny.

   

IHP La Lisière, lieu de vie inédit pour les mères et leur bébé

En sortant de la Clinique, direction l’IHP La Lisière ; sur le trottoir d’en face, au sein d’une belle maison de maître. Il s’agit d’une « Initiative d’Habitation Protégée » unique à Bruxelles, inaugurée en 2021 et dont l’initiative est également à attribuer au Dr. K.Mendelbaum. Elle explique : « En 2015, les quelques unités psychiatriques pour les mères étaient complètement saturées du fait d’hospitalisations trop longues. Certaines mamans n’avaient pourtant que des problématiques dites sociales : précarité ou vulnérabilité. Il fallait donc mettre en place un endroit qui permettrait de continuer à jeter un œil sur ces mamans en détresse, tout en leur permettant d’être plus autonomes. En 2017, j’ai eu l’idée de développer un projet d’IHP, mais uniquement pour la périnatalité. Un lieu qui viendrait après l’hospitalisation à l’Unité 3, notamment. Mais le temps de trouver les subsides nécessaires, plusieurs années sont passées et l’IHP La Lisière n’a été inaugurée qu’en 2021. »

Membres de l’équipe soignante de La Lisière

 

Nous entrons et sommes accueillies par deux membres de l’équipe soignante : une psychologue stagiaire et une kinésithérapeute (Julie Lebrun). La maison est calme et paisible. « C’est l’heure de la sieste », nous dit la kiné, qui travaille aussi pour La Ramée. « Et puis les enfants sont à la crèche ». Car à l’IHP La Lisière, les mères sont comme à la maison : elles paient un loyer, font les courses, s’occupent des repas, du ménage et… emmènent leurs petits à la crèche. La différence, c’est qu’elles sont entourées de psychologues, d’infirmières, d’assistantes sociales et d’autres soignantes afin de les aider à remonter la pente et faire en sorte d’à nouveau pouvoir vivre seules. Les conditions d’admission à La Lisière étant assez strictes (stabilité psychologique, relative autonomie, gagner de l’argent, avoir un enfant entre 0 et 3 ans…), il n’est pas toujours simple d’atteindre la capacité maximale d’occupation.

Voici le salon principal avec vue sur le jardin, montre Julie Lebrun en commençant la visite. Ici on fait des activités communes, les enfants peuvent jouer ou prendre leurs repas… À l’étage, ce sont les chambres et les salles de bains. Il y a aussi une pièce appelée ‘Le Nid’ qui permet de se mettre au calme ou de lire un petit livre. On accompagne les mamans et leur bébé aussi bien dans la maison qu’à l’extérieur. Il arrive qu’on aille faire les courses avec elles, qu’on se rende ensemble à l’ONE ou même qu’on les soutienne lors d’un entretien d’embauche. »

Nous redescendons au rez-de-chaussée pour visiter la dernière pièce : le bureau et salle de consultation. C’est là que les mamans peuvent venir se confier plus intimement aux psychologues. De notre côté, il est temps de prendre congé, chargées de quelques flyers explicatifs sur cette IHP aux allures de maison familiale.

 

Collaboration des professionnel.le.s du secteur autour du Réseau Perinatal

Lors de notre entretien, Karine Mendelbaum nous a finalement confié avoir pris conscience, il y a quelques années, de la nécessité de promouvoir la collaboration entre tous les professionnel.le.s de santé dans le domaine périnatal. Créé en 2023, le Reseau Perinatal rassemble aujourd’hui 105 partenaires issus des secteurs médicaux, psychosociaux, hospitaliers et communautaires. Son objectif est de mieux faire connaître les ressources existantes, faciliter les orientations et assurer une continuité dans l’accompagnement des mères, des bébés et de leurs familles. « Si on travaille chacun de notre côté on n’y arrivera que difficilement », conclut K. Mendelbaum. « C’est dans cet objectif que j’organise des colloques, afin de réunir les gens du secteur et de permettre de se rencontrer ; c’est fondamental ! »

 

Texte et photos : Sofia Douieb