Allaitement difficile : les antibiotiques en cas de mastite devraient pouvoir être évités

15 septembre 2026

Et si certaines bactéries pouvaient aider à en combattre d’autres ? Une start-up danoise nommée Mastitia développe actuellement une nouvelle approche contre la mastite, cette inflammation douloureuse du sein qui touche de nombreuses femmes pendant l’allaitement. Pour avancer dans ses recherches, l’entreprise s’appuie notamment sur une impressionnante collection de bactéries lactiques constituée par l’Université d’Anvers.

L’allaitement peut parfois être mis à rude épreuve par la mastite. Cette inflammation du sein, souvent douloureuse et parfois accompagnée de fièvre ou d’un état grippal, toucherait environ une femme allaitante sur quatre, selon Mastitia et l’Université d’Anvers. Chez près de quatre femmes concernées sur dix, elle contribuerait même à un arrêt plus précoce de l’allaitement. Un enjeu d’autant plus important que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie, puis sa poursuite parallèlement à l’introduction d’une alimentation complémentaire jusqu’à l’âge de deux ans ou au-delà.

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Miser sur le microbiome

Aujourd’hui, des antibiotiques peuvent être prescrits lorsqu’une mastite bactérienne le nécessite. Mastitia cherche toutefois à développer une approche différente, fondée sur le microbiome, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes vivant naturellement dans et sur notre corps. L’idée peut sembler paradoxale : utiliser des bactéries pour lutter contre une infection bactérienne. Mais toutes les bactéries ne sont pas nocives. Certaines jouent au contraire un rôle protecteur et peuvent empêcher des micro-organismes indésirables de proliférer.

Nous travaillons actuellement à une alternative efficace et respectueuse du microbiome », explique à Belga Emilie Glad Bak, responsable de la recherche chez Mastitia. « Nous entendons exploiter les propriétés protectrices de bactéries bénéfiques présentes naturellement dans le microbiome féminin. »

L’objectif est double : proposer à terme une nouvelle option contre les mastites et réduire le recours aux antibiotiques lorsqu’ils ne sont pas indispensables. Mastitia inscrit également cette recherche dans la lutte plus large contre l’antibiorésistance (résistance aux antibiotiques).

Plus de 1.000 souches étudiées à Anvers

Pour développer cette piste, l’entreprise danoise collabore avec l’équipe de la professeure Sarah Lebeer, spécialiste du microbiome à l’Université d’Anvers. Au fil des années, son laboratoire a constitué une collection de plus de 1.000 souches différentes de lactobacilles, des bactéries lactiques que l’on retrouve notamment dans l’intestin, le vagin, la bouche ou sur la peau. Les chercheur.euse.s étudient les molécules bioactives produites par ces micro-organismes, dont certaines peuvent avoir une action comparable à celle d’« antibiotiques naturels ». Cette biobanque a permis d’identifier une souche présentant un intérêt particulier pour le projet Mastitia et de la mettre à disposition de l’entreprise.

Les chercheur.euse.s anversoi.se.s travaillent également sur la manière de rendre ces bactéries suffisamment stables pour pouvoir être intégrées, à terme, dans un véritable produit thérapeutique. Il faut notamment pouvoir ralentir leur activité et prolonger leur durée de conservation, une étape nécessaire avant d’envisager une autorisation par les autorités compétentes.

Une piste prometteuse, mais encore en développement

Mastitia, sur son site, estime que « plus de 30 millions de nourrissons pourraient être exposés chaque année à des antibiotiques via le traitement de leur mère contre une mastite. » L’entreprise souhaite donc développer une solution qui préserve davantage le microbiome de la mère et de l’enfant.

La prudence reste toutefois de mise : il s’agit pour l’instant d’une technologie en cours de développement, et non d’un nouveau traitement déjà disponible pour les patientes. La collaboration entre Mastitia et l’Université d’Anvers marque néanmoins une étape supplémentaire. La jeune entreprise danoise devient par ailleurs une spin-off de l’UAntwerpen, qui apporte au projet son expertise dans le domaine des lactobacilles et du microbiome féminin.

Cette recherche illustre surtout une évolution plus large de la médecine : plutôt que d’éliminer indistinctement les bactéries, les scientifiques cherchent de plus en plus à comprendre comment certaines d’entre elles peuvent être utilisées pour protéger ou rééquilibrer notre microbiome. Une approche qui pourrait, à terme, faciliter la prise en charge de la mastite et permettre à davantage de mères qui le souhaitent de poursuivre leur allaitement.

Partagé par Sofia Douieb