Soutien à la parentalité : une antenne “Les Pâtes au Beurre” débarque à Bruxelles

Projet développé à Nantes par des psychologues et psychomotricien.ne.s, l’initiative “Les Pâtes au Beurre” permet aux parents, avec ou sans leurs enfants, de prendre la parole et d’être écoutés l’espace d’un après-midi, autour d’un repas ou d’un goûter. L’antenne bruxelloise vient tout juste d’être inaugurée.

©Sofia Douieb

 

Pour fêter l’ouverture de ce nouvel espace au cœur de Saint-Josse, le “Groupe Santé Josaphat – Centre de planning familial à Schaerbeek” à la tête de l’initiative bruxelloise, a tenu à organiser un grand rassemblement avec conférences et débats sur la périnatalité. Parmi les participants : de nombreux acteurs psycho-médicaux-sociaux de Bruxelles et Wallonie, mais également les coordinateurs des “Pâtes au Beurre” de Nantes qui ont fait le déplacement pour l’occasion. Un bel événement dont la vocation était le partage des bonnes pratiques et des expériences vécues. Compte-rendu.

Sorte de Clinique du lien parents/enfant

Le projet “Les Pâtes au Beurre” trouve son origine à Nantes. Lancé en 1999, il est désormais présent dans plusieurs grandes villes française. L’antenne bruxelloise est la première de Belgique. Le concept ? Il est relativement simple, mais il fallait y penser : offrir aux parents un espace commun (une cuisine) gratuit au sein duquel ils peuvent venir avec ou sans leurs enfants (sans limite d’âge), de manière anonyme, pour échanger autour de leur rôle de parents tout en étant encadrés par des professionnels (psychologues ou psychomotriciens) capables de les écouter et de les conseiller si besoin. Pour Sophie Marinopoulos, psychologue, autrice et coordinatrice des “Pâtes au Beurre” de Nantes, c’est une sorte de “Clinique du lien parents/enfant”.

“On accueille le lien, peu importe si l’enfant est là ou non, on joue un rôle reliant en se préoccupant de l’autre avant même que le soin intervienne”.

Une cuisine et des “Pâtes au Beurre”

Les lieux, dans chacune des antennes des “Pâtes au Beurre”, ont à peu près tous la même configuration : une cuisine centrale pour accueillir les parents, une pièce intermédiaire pour souffler, s’isoler, se détendre et une salle de jeux pour les enfants (sans surveillance). La cuisine est le lieu d’accueil ; celui de la “vie psychique” comme le précise S. Marinopoulos. Des ustensiles, des objets communs, rassemblent les cultures et classes sociales et permettent à tous de se sentir tout de suite à l’aise, en confiance.

Écoute psychologique et observante

Car l’écoute des psychologues ou des psychiatres est ce qu’on appelle “observante”; c’est à dire qu’ils abordent l’ “intranquillité” dans une “juste distance”, avec les “bons mots”. Ils nourrissent “l’espérance” pour que le parent ressorte grandi et plus positif quant à sa situation. Ils se rendent tout simplement “disponibles à la vulnérabilité”. Et parfois, cette disponibilité psychique va au delà des mots et fait du bien même à ceux qui ne parlent pas la même langue. C’est là que la question de la confiance en soi, en l’autre, aux parents entre en jeu. Le thérapeute doit pouvoir faire face (avec son duo) aux attentes et aux question des parents.

“Il faut pister les enjeux de l’embarras, retrouver le sens, sortir le parent de la sidération”, explique encore la coordinatrice de l’antenne nantaise.

Pour qui ?

Les familles qui se rendent aux “Pâtes au Beurre” n’ont pas un profil précis. Tout parent ou grand-parent peut s’y rendre gratuitement et anonymement si l’envie lui prend et s’il se pose certaines questions sur la parentalité. Contrairement aux Maisons Vertes, “les Pâtes au Beurre” n’impose pas d’âge maximum. Ce qui fait qu’une maman solo dépassée par son adolescent peut tout à fait se rendre sur place le temps d’un après-midi. S. Marinopoulos, a quand même remarqué, grâce à ses vingt ans d’expérience, que les parents qui se présentent ont souvent vécu de multiples rejets au cours de leur vie et ne se sentent pas toujours légitimes dans leur rôle de parent. Il y a aussi des jeunes couples en errance qui se sentent perdus, sans supports car, par exemple, migrants isolés.

“On va cheminer avec eux pour qu’ils trouvent leur propres réponses, indique la psychologue, on leur dit qu’ils font aussi partie de la cité, qu’ils sont avec nous…”

Importance du réseau

Quand cette “écoute observante” et cette “recherche du sens” a lieu, les professionnels des “Pâtes au Beurre” peuvent soit aider ou soutenir eux-mêmes les parents, soit les orienter vers d’autres associations ou structures plus adaptées à l’une ou l’autre situation. Le réseau, dans ce cas, a une importance primordiale. Peut-être que le parents a simplement besoin de répit, peut-être qu’il a besoin d’une aide financière ou administrative, peut-être que la maman, ou plus rarement le papa, vit seule avec son enfant et a besoin d’une aide spécifique…

Outils / pour aller plus loin

Enfin, les membres des “Pâtes au Beurre” réfléchissent souvent à améliorer l’accueil et l’aide à ces familles. Ils se réunissent régulièrement pour faire le point sur les passages et les rencontres, pour élaborer des théories ou des statistiques… Mais ils vont encore plus loin que ça en créant des outils de soutien à la parentalité ou destinés aux professionnels. Ainsi, à Nantes, l’équipe a déjà conçu des affiches, un livre, des coloriages et même un “jeu des sept familles de la santé psychique”.

Sofia Douieb