À 54 ans, elle accouche grâce à un embryon congelé depuis 22 ans : jusqu’où peut-on repousser l’âge de la PMA ?

22 septembre 2026

En Grèce, une femme de 54 ans vient de donner naissance à une petite fille issue d’un embryon congelé depuis plus de 22 ans. Une histoire exceptionnelle, survenue après le décès accidentel de son premier enfant, qui relance aussi une question : jusqu’à quel âge peut-on avoir recours à une procréation médicalement assistée (PMA) ? En Belgique, la loi fixe des limites précises.

Le 9 septembre 2026, Cristina Rapti-Tzelepi, 54 ans, a donné naissance à une petite fille à Athènes, en Grèce. Le bébé, prénommé Georgia en hommage à son frère décédé Giorgos, est issu d’un embryon créé en 2004 et conservé par cryoconservation pendant plus de 22 ans. En 2004, Cristina et son mari avaient eu recours à une fécondation in vitro (FIV). Leur premier enfant était né à la suite de cette tentative. En octobre 2025, alors âgé de 21 ans, il est décédé dans un accident de la route. Après ce décès, ses parents ont décidé d’utiliser l’un des embryons qui avaient été conservés plus de 20 ans plus tôt. Le transfert embryonnaire a été réalisé en décembre 2025 et la grossesse a abouti à la naissance de Georgia.

Nous avons décidé de donner une seconde chance à la vie, de prendre un nouveau départ, d’apporter une nouvelle vie dans notre maison et de poursuivre l’histoire de notre famille », a expliqué Cristina Rapti-Tzelepi à l’Associated Press.

Une course contre la limite d’âge

Cette naissance a également été rendue possible par un calendrier particulièrement serré. En Grèce, les femmes doivent avoir terminé leur parcours de FIV dans la limite d’âge fixée par la législation. Cristina Rapti-Tzelepi avait 54 ans et ne disposait que de quelques mois pour mener son projet à bien.

« Je n’avais qu’une fenêtre de deux mois et demi », précise-t-elle encore à l’Associated Press. « C’était stressant, mais avec ma force intérieure et notre médecin et toute son équipe à nos côtés, nous avons surmonté tous les obstacles. »

Son gynécologue, Kostas Pantos, qui dirige également la Hellenic Society of Reproductive Medicine, estime que cette limite devrait être réexaminée. « La loi est très stricte : 54 ans et un jour, ce n’est pas autorisé. Peut-être est-il temps qu’elle change », a-t-il déclaré au sein du même reportage. Le médecin estime notamment que l’accès à la PMA ne devrait pas être automatiquement exclu en raison de l’âge.

Pourtant, les professionnel.le.s de santé soulignent qu’avec l’avancée en âge, les grossesses sont notamment davantage exposées à certaines complications obstétricales, comme l’hypertension artérielle et la prééclampsie ou encore le diabète gestationnel. Les limites d’âge de la PMA prennent donc en compte plusieurs paramètres médicaux et pas uniquement la capacité à obtenir un embryon viable.

Une naissance exceptionnelle, mais pas un record

La conservation d’un embryon pendant plus de 22 ans est inhabituelle, mais il ne s’agit pas du plus long délai jamais rapporté. En 2025, aux États-Unis, un enfant est né à partir d’un embryon conservé pendant plus de 30 ans. Dans ce cas, l’embryon avait été donné à un autre couple dans le cadre d’un programme d’« adoption d’embryons ». L’histoire grecque illustre donc surtout les possibilités offertes aujourd’hui par la cryoconservation : un embryon peut être conservé pendant de très nombreuses années avant d’être éventuellement transféré.

Ce que dit la loi en Belgique

En Belgique, une naissance dans les mêmes circonstances ne pourrait pas avoir lieu à 54 ans. La loi du 6 juillet 2007 relative à la procréation médicalement assistée fixe des limites d’âge pour accéder à la PMA. Une demande de recours à la PMA doit être introduite avant le 46e anniversaire de la femme et l’implantation d’un embryon ne peut pas être réalisée à partir du 48e anniversaire. Autrement dit, une femme de 54 ans ne pourrait pas, en Belgique, demander le transfert d’un embryon qui aurait été conservé lorsqu’elle était plus jeune. Ces limites concernent l’âge de la femme au moment du projet de PMA et du transfert embryonnaire. Elles ne sont donc pas supprimées parce que l’embryon a été créé à un âge plus jeune.

La loi belge prévoit une durée de cryoconservation des embryons pendant cinq ans. Cette durée peut toutefois être prolongée dans certaines circonstances particulières, à la demande des auteur.rice.s du projet parental et avec l’accord du centre de fécondation. La loi prévoit notamment que les embryons dits « surnuméraires » peuvent être conservés en vue d’un projet parental ultérieur. Une conservation de très longue durée n’est donc pas, en elle-même, comparable à la possibilité de transférer cet embryon à n’importe quel âge. En Belgique, la durée de conservation et l’âge auquel l’embryon peut être transféré sont deux questions distinctes.

Faut-il revoir les limites d’âge de la PMA ?

C’est la question que cette naissance grecque remet sur la table. Faut-il fixer une limite d’âge uniforme ? Faut-il plutôt évaluer individuellement l’état de santé de chaque femme ? La conservation d’ovocytes ou d’embryons à un âge plus jeune doit-elle permettre d’envisager une grossesse plus tardive ? Et jusqu’où le principe d’autonomie reproductive peut-il aller face aux risques médicaux liés à l’âge ? En Belgique, la législation date de 2007. Depuis, les techniques de congélation ovocytaire et embryonnaire ont évolué, tout comme les pratiques médicales et les parcours de parentalité. La naissance de Georgia ne permet évidemment pas, à elle seule, de conclure qu’une grossesse à 54 ans est sans risque ou que les limites légales doivent être supprimées. Mais elle pose une question devenue de plus en plus concrète : l’âge de la mère au moment du transfert doit-il rester le principal critère lorsque l’embryon, lui, a été créé à partir d’ovocytes beaucoup plus jeunes ?

Sofia Douieb