Violences gynécologiques et obstétricales (VGO)

Depuis la fin du mois de janvier 2026, le Parlement bruxellois reconnaît les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) comme « une réalité, un enjeu de santé publique et une violence fondée sur le genre. »  Le secteur et les femmes concernées attendaient cela depuis très longtemps et se réjouissent ainsi de l’adoption de cette résolution. Quelques mois plus tard, en avril, un groupe interfédéral émet ses recommandations en la matière, afin de coordonner la lutte. 

Par ce vote, le Parlement bruxellois dit enfin clairement ce que des milliers de femmes vivent, souvent dans le silence : ce qui se passe dans un cabinet médical ou en salle d’accouchement peut aussi être une violence”, explique la députée Margaux De Re, à l’initiative de la mesure.

Une femme sur cinq concernée

Les violences gynécologiques et obstétricales recouvrent des réalités diverses : examens ou interventions réalisés sans consentement éclairé, actes médicaux non justifiés, infantilisation, propos humiliants, minimisation de la douleur ou absence d’écoute. Des pratiques qui peuvent laisser des traces durables, tant sur le plan physique que psychologique. En Belgique, une femme sur cinq déclare avoir subi des violences gynécologiques ou obstétricales et une femme sur trois décrit son accouchement comme une expérience traumatisante. Ce sont les chiffres alarmants posés par le terrain au sein de plusieurs études, dont celle publiée en 2021 par la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée. L’association s’est basée, à l’époque, sur de nombreux témoignages de femmes ayant vécu des soins sans consentement, des gestes imposés ou des paroles dénigrantes.

Merci à toutes celles et ceux qui ont contribué à la visibilisation et à la reconnaissance des violences gynécologiques et obstétricales, encore trop taboues. La recherche et l’identification de cette forme de violence basée sur le genre constituent une étape cruciale pour faire évoluer les pratiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des établissements de soins. » – Plateforme citoyenne pour une naissance respectée (sur sa page Facebook)

Des violences qui touchent davantage les personnes vulnérables

Si ces violences concernent un large public, elles ne touchent pas tout le monde de la même manière. La députée Margaux De Ré, rappelle, dans un communiqué, que les femmes racisées, précaires, en situation de handicap ou en parcours migratoire y sont surexposées. Les personnes LGBTQIA+ rapportent, elles aussi, davantage de discriminations et de violences dans leur parcours de soins gynécologiques et obstétricaux. Autre rappel essentiel de Madame De Ré : « Si la maternité concentre une grande partie des pratiques dénoncées, les violences gynécologiques ne se limitent pas à l’accouchement. Elles peuvent survenir de la puberté à la ménopause, y compris chez les personnes qui ne sont pas mères. La lutte contre les VGO concerne donc l’ensemble du parcours de vie et de santé intime. »

Mettre des mots pour faire évoluer les pratiques

En reconnaissant officiellement ces violences, le Parlement bruxellois pose une étape clé : celle de nommer. Nommer pour sortir de l’omerta, pour légitimer la parole des victimes, et pour rappeler que le cadre médical n’exclut pas la possibilité de violences.

Cette reconnaissance formelle est une étape essentielle pour faire évoluer les pratiques et garantir à toutes les femmes des soins respectueux, dignes et fondés sur leurs droits”, ajoute encore Margaux De Re.

La résolution appelle notamment à plus de transparence sur les pratiques médicales, à une meilleure collecte de données, ainsi qu’à une prise en compte renforcée de la santé mentale périnatale. L’objectif : favoriser des soins respectueux, fondés sur le consentement, la dignité et les droits des patientes.

Le rôle essentiel des associations

Cette avancée n’aurait pas été possible sans le travail de longue haleine des associations, collectifs et professionnel.le.s engagé.e.s sur le terrain. Ce sont elles.eux qui recueillent les témoignages, accompagnent les victimes, forment, alertent et documentent les pratiques. Depuis des années, une lutte pour briser le silence autour des violences gynécologiques et obstétricales s’est largement engagée. Parmi les associations les plus actives, nous pensons bien sûr à la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée, mais également au GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles féminines), qui a d’ailleurs relayé l’info sur les réseaux sociaux à l’aide d’une infographie. Sa conclusion : « L’expérience des femmes doit être reconnue et prise en compte dans toute sa globalité ». 

Un groupe interfédéral pour coordonner la lutte

Quelques mois après la reconnaissance des violences obstétricales et gynécologiques par le parlement bruxellois, le groupe de travail interfédéral en la matière surfe sur la vague et propose « des actions prioritaires afin de mener une politique de lutte et de prévention ambitieuse contre ces violences de genre ». Parmi la quinzaine de membres de ce groupe de travail interfédéral : Vivalis (qui chapeaute notre site Born in Brussels), le SPF Santé Publique, la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, safe.brussels, l’Union professionnelle des sages-femmes belges, la Fédération Wallonie-Bruxelles, etc.

Cette recommandation constitue une base pour le développement d’une approche coordonnée de lutte contre les VGO en Belgique. » – Groupe de travail interfédéral VGO

Au sein du communiqué de presse du groupe de travail, on peut lire : « Cette recommandation propose une définition commune des VGO et formule des recommandations structurées autour de plusieurs axes : amélioration de l’information des patient·e·s et de leur participation aux décisions, renforcement de la formation et des conditions de travail des professionnel.le.s, développement de soins plus inclusifs, amélioration de la collecte de données et mise en place d’un financement durable. »

→ Lire le document complet : Recommandation relative à l’élaboration d’une politique en matière de prévention et de lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales

Que dit le rapport ?

La première chose à souligner en parcourant le document, c’est la définition commune des VGO : « On peut définir les violences gynécologiques et obstétricales (ci-après « VGO ») comme tout acte, parole, comportement, omission ou abstention commis par les professionnel.le.s dans le cadre des services de santé sexuelle et reproductive qui va porter atteinte à l’intégrité des femmes et entraine, ou est susceptible d’entrainer, des dommages ou souffrances de nature physique ou psychologique. »

Le rapport souligne ensuite que ces violences s’inscrivent dans un contexte structurel et peuvent avoir des conséquences durables sur la santé, la confiance envers les soins et le bien-être des patient.e.s, mais aussi sur les professionnel.le.s.

Les sept recommandations prioritaires

Enfin, sept recommandations prioritaires sont avancées, parmi lesquelles : mieux informer les patient.e.s sur leurs droits, renforcer la formation des soignant.e.s, promouvoir une relation de soin basée sur le consentement et le partenariat, améliorer l’inclusivité des soins pour les publics vulnérables, soutenir les équipes via des espaces d’échange, et développer la collecte de données à l’échelle nationale.

Ce groupe de travail constitue une première expérience de coopération interinstitutionnelle et intersectorielle sur la lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales (VGO) en Belgique. Il a permis de réunir autour d’une même table des acteurs aux perspectives complémentaires afin d’améliorer collectivement la prise en charge et la prévention de ces violences. L’importance d’un tel travail avait d’ailleurs été soulignée dans le rapport d’information du Sénat consacré au droit à l’autodétermination corporelle et à la lutte contre les violences obstétricales. » — Institut pour l’égalité des femmes et des hommes