Sortie littéraire : un bijou qui exprime enfin ce que c’est vraiment d’« Être mère »

Sous la houlette de l’écrivaine Julia Kerninon, six autrices et mères ont pris la plume pour exprimer la dure et douce expérience, l’immense complexité, le troublant paradoxe qui se cache derrière la maternité. « Être mère » est un bijou sorti en avril 2024 aux éditions l’Iconoclaste. Il vous transperce et vous emporte dans ce monde étrange et fascinant. Il dit enfin la vérité, sans concession, sans tabou. Born in Brussels l’a lu pour vous.

Crédit photo : Sofia Douieb

 

Pour une fois, je ne me cacherai pas derrière mon statut de journaliste et coordinatrice adjointe de Born in Brussels. Pour une fois, je m’exprimerai en tant que Sofia, mère d’un grand garçon de 8 ans. Parce que je sais aussi ce que c’est d’être mère. Ce livre exprime tout haut ce que j’ai toujours gardé tout bas. Se plaçant loin des clichés et du bien pensant, il dit enfin ce que chaque (future) mère devrait vraiment savoir à propos de la grossesse, de l’accouchement, de la découverte de la maternité, de la peur qui ne vous lâche plus…

Galerie d’œuvres d’art sur la maternité

Ce que j’ai lu dans « Être mère » a résonné au plus profond de mes entrailles. Parce que des lectures font ça parfois. Parce que c’est si rare de lire des mots qui sont l’exact prolongement de ce qu’on pense, de ce qu’on vit ou ce qu’on a vécu. Chacune des sept autrices à succès – Julia Kerninon, Claire Berest, Adeline Dieudonné, Clémentine Beauvais, Victoire de Changy, Camille Anseaume et Louise Browaeys – offre un texte poignant et incisif d’une dizaine de pages aux lecteur.rice.s ; chacune dans son propre style, son propre rythme. Julia Kerninon, la cheffe d’orchestre, ne voulait pas de témoignages, mais une « galerie d’œuvres d’art sur la maternité » ; pour ne pas avoir à choisir « entre politique et poétique ». Et c’est, selon moi, une totale réussite où l’on retrouve de l’engagement, de l’intime, de l’humour, des coups de gueule, des épanchements, des remises en question, des mises à nu… Tout cela sur cette thématique commune partagée par « la moitié de l’humanité ». 

Lancement à la librairie Les yeux gourmands

Lancement du livre « Être mère », le 4/04/2024 à la librairie Les yeux gourmands, en compagnie de deux des autrices : Adeline Dieudonné et Victoire de Changy – Crédit photo : Sofia Douieb

Présente au lancement du livre « Être mère » à la librairie Les yeux gourmands (Saint-Gilles) le 4 avril dernier, je ne me doutais pas encore de ce que j’allais découvrir au sein des 155 pages du recueil, ni même d’en être bouleversée à ce point. Deux autrices belges – les autres sont Françaises – étaient présentes : Adeline Dieudonné et Victoire de Changy. Elles ont partagé avec l’assistance leur expérience respective de la maternité et l’angle choisi pour le texte repris au sein du livre. Dans le préambule de ce dernier, il est écrit ceci : « Adeline Dieudonné attaque frontalement la question de la peur qui ne nous quitte plus quand nous devenons parent, et que nous avons pourtant été incapables de deviner avant de l’être. (…) Victoire de Changy décrit sa vie avant ses enfants, ce qu’ils suspendent et ce qu’ils étendent. » Durant cette présentation, comme au sein de l’ouvrage, il n’y avait pas de tabou. Elles se sont mises à nu devant l’assistance et n’ont pas tenté d’idéaliser ou d’édulcorer la réalité. Être mère, c’est foutrement compliqué, prenant, aliénant, envahissant, déformant, mais on le referait encore et encore tant ces petites merveilles grincheuses nous font voir la vie autrement, nous apportent un amour pur et sincère, nous transcendent et nous élèvent… C’est là tout le paradoxe de la maternité : oui c’est dur et douloureux, mais c’est aussi tellement beau qu’on a envie de crier de bonheur et d’amour.

Un souffle, une phrase, aucun point

Un texte en particulier m’a autant impressionné que prit à la gorge d’émotion. Il m’a littéralement coupé le souffle et empêché de respirer. « Pas de gâteau » – c’est le titre du récit de Claire Berest – fait vingt pages (de la 67 à la 87) ; vingt pages pour aucun point et si peu de virgules. Parce qu’avoir des enfants, « ça ne cesse pas, ça ne peut plus jamais s’arrêter, nul autre sacrifice n’est comparable à cet irrémédiable adieu à la liberté, j’ai deux enfants, j’ai deux enfants, c’est le présent pur tous les jours, il n’y a pas de point, à peine de virgules, c’est une seule phrase perpétuellement commencée, une phrase-noyade ». Dans ce texte qui semble ne jamais prendre fin, l’autrice évoque le « grand tourbillon » que crée la venue d’un enfant, « cette impression d’être constamment en équilibre précaire entre le passé et le présent, artiste et animal à la fois ».

Quelques phrases marquantes

J’ai envie de partager ici quelques phrases de cette poignante lecture qu’on a peine à lâcher :

  • « Parfois je suis une mère sans m’en sentir une, parfois je suis une mère sans avoir l’impression d’exister encore en tant que personne. » – Julia Kerninon
  • « Au pire, ces manuels ont recouvert la maternité d’un voile niais, presque totalitaire, en commençant les phrases par ‘il faut’ et en nous dictant les sentiments que nous devions avoir. » – Louise Browaeys
  • « Faire des enfants nous transforme en créatures nues, vulnérables, nous place dans une roue de torture médiévale qu’un simple accident pourrait activer, nous labourent l’âme pour l’éternité. » – Adeline Dieudonné
  • « Ce qui pousse en toi n’est pas ton prolongement, ta continuité, toi en minuscule ou je ne sais quelle connerie, non, ce qui pousse en toi est le pur étranger, qui aura des qualités et des défauts que tu ne peux qu’extrêmement peu influencer ». – Claire Berest
  • « La maternité ne m’a pas appris de grandes choses. Les grandes choses je les ai faites, et elles sont présentement à la crèche et au collège. » – Camille Anseaume
  • « La réappropriation féministe de la naissance est paradoxale, complexe. Malaisante, je dirais même. Parce qu’elle vibre de toutes les contradictions qui secouent aujourd’hui les existences des femmes et qui rendent la définition même du terme féminisme maladroite, malaisante, bizarre. Parce qu’elle émerge, aussi, après tant de millénaires à se taire. »  – Clémentine Beauvais
  • « Dans cette façon d’être à eux plutôt qu’à soi, j’ai trouvé la possibilité d’abandon. (…) Je ne situe plus celle que je suis ou fus. (…) Je cherche avec une peine que je ne soupçonnais pas les angles de vue où mes enfants ne se trouvent pas. Ce qui avant eux m’anima. Ce qui m’inspira. » – Victoire de Changy

 

Sofia Douieb

Pour protéger notre santé et celle des plus jeunes, luttons contre les pesticides !

C’est dans le cadre du Colloque « Amiante et Pesticides », qui s’est tenu le 11 avril dernier au Parlement Européen, qu’un « appel des professionnels de santé contre les pesticides » a été lancé envers les pouvoirs publics. Il s’agit d’un constat alarmant, réalisé par la Cellule Environnement de la Société Scientifique de Médecine Générale, visant à protéger notre santé et, particulièrement, celle des plus jeunes. L’équipe de Born in Brussels a tenu a partager les points essentiels de cet appel, également à consulter sur le site du Docteur Coquelicot, projet de vulgarisation de la SSMG (Société Scientifique de Médecine Générale).


Dans l’appel, on peut lire qu’en Belgique, chaque année, plus de 5.000 tonnes de substances actives pesticides sont utilisées. Un tiers de ces substances autorisées sont cancérigènes, toxiques pour la reproduction et toxiques pour les organes. De nombreuses substances actives entrainent des effets de perturbation endocrinienne. Certaines sont des PFAS (Substances aux propriétés chimiques spécifiques). Sans oublier toutes les autres substances ajoutées à la molécule active, les co-formulants, dont plusieurs sont des biocides en elles-mêmes (métaux lourds, arsenic, hydrocarbures…).

Pour signer → « L’appel des professionnels de santé contre les pesticides »

Voici l’appel lancé par la Cellule Environnement de la Société Scientifique de Médecine Générale :

« Les raisons de cet appel

En tant que professionnels de la santé, nous sommes très inquiets. Nous sommes très inquiets car nous sommes toutes et tous contaminés par les pesticides, y compris pendant des périodes de vie de haute vulnérabilité à leur toxicité. Femmes enceintes, bébés, enfants, adolescents. Personne n’y échappe. Les études de biomonitoring montrent que dans notre pays, les pesticides sont d’ailleurs parmi les polluants les plus retrouvés chez les enfants. Le dernier biomonitoring wallon a mis en évidence que 99% des urines des enfants de 3 à 11 ans montrent des traces d’au moins un insecticide et que les concentrations étaient d’ailleurs plus élevées chez les enfants que chez les adolescents ou les adultes.

Est-ce bien normal ?

Est-il normal qu’un bébé vienne au monde avec des pesticides dans le sang ?
Est-il normal de retrouver des pesticides dans le lait maternel qui est censé être le meilleur aliment pour le nouveau-né ?
Est-il normal de retrouver du boscalide, du captane, du prosulfocarbe, de l’acétamipride et encore bien d’autres pesticides dans les petits pots de légumes et de fruits pour bébé, dans les boissons lactées ou encore dans les céréales infantiles? Nous ne pouvons l’accepter.

Les risques sont nombreux

L’impact des pesticides sur le déclin de la biodiversité et sur la santé humaine est considérable. Ce ne sont pas des opinions. Ce sont des faits scientifiques. Les effets sur la santé sont bien documentés et le faisceau de preuves ne fait que se renforcer. Cancers (1ère cause de décès en Belgique), troubles de la fertilité, troubles du développement neurologique, maladies neurodégénératives, endométriose, pathologies thyroïdiennes, respiratoires, métaboliques, surpoids, obésité. Derrière cette liste de pathologies, combien de vies brisées, combien de familles endeuillées?

Une santé sacrifiée…

Nous ne pouvons accepter que la santé soit la variable d’ajustement des systèmes alimentaires industriels. Nous ne pouvons accepter que la santé soit la grande oubliée des discussions et des décisions prises ces dernières semaines en matière d’agriculture. Aujourd’hui, les externalités négatives du complexe industriel agro-chimico-alimentaire sont assumées par la société, par nous toutes et tous. Les coûts en termes d’impact sur la santé sont colossaux. L’épidémie de maladies chroniques, outre toutes les souffrances qu’elle occasionne, ne fera qu’appauvrir la collectivité. Nous ne pouvons accepter que la santé soit sacrifiée sur l’autel de la prospérité de l’industrie agro-alimentaire et chimique.

Une inquiétude généralisée

Nous sommes particulièrement inquiets de constater la régression en matière de régulation de ces pesticides. En effet, parmi d’autres reculs, la Commission européenne a dernièrement retiré son plan de réduction des pesticides, a accordé la prolongation du glyphosate pour 10 ans et a accordé une prolongation pour des pesticides tueurs d’abeilles (SDHI Succinate DesHydrogenase Inhibitors). Notre pays s’est également illustré ces dernières années par une politique de dérogations successives accordées pour plusieurs pesticides toxiques. Est-il normal de ne pas pouvoir citer le mot pesticides dans les campagnes de sensibilisation à destination du grand-public et en particulier à l’attention des femmes enceintes ou en désir d’enfant ? Comment expliquer l’omerta qui règne au sujet des pesticides au sein même de certaines de nos administrations qui ont pour rôle d’être au service de la population?

Prendre position pour un vrai changement !

Nous, professionnels de santé, affirmons qu’on ne peut impunément balayer d’un revers de main les données scientifiques. À l’instar de nombreuses autres sociétés scientifiques, comme l’Endocrine Society, la Fédération Internationale de Gynécologie et d’Obstétrique (FIGO) et encore bien d’autres, il est de notre devoir de prendre position afin de protéger tous nos patients, et en premier lieu, les enfants, les agriculteurs et agricultrices qui sont les premières victimes de ces pesticides. C’est pourquoi nous demandons à tous les décideurs de prendre, enfin, leurs responsabilités. Nous plaidons pour une politique alimentaire vertueuse qui protège la santé et l’environnement car c’est ce que nous avons de plus précieux. En tant que professionnels de la santé, et en partenariat avec le monde agricole, nous avons un rôle à jouer dans la mise en œuvre de cette politique alimentaire vertueuse qui préserve le vivant dont nous faisons partie. »

 

Partagé par Samuel Walheer

Monoparentalité : un reportage en soutien aux mamans-solos !

En Belgique, les familles monoparentales représentent près de 65.000 foyers, ce qui correspond à une famille sur quatre. Et parmi elles, une grand majorité de femmes. Pour mieux saisir les difficultés auxquelles elles sont confrontées, Arte Regards a réalisé un reportage intitulé « La maison des mères seules ». Ce dernier met aussi en avant deux associations, La maison des parents-solo et Co-fa-mon, qui œuvrent pour soutenir ces mamans-solos à Bruxelles et en Wallonie.


Au-delà d’une aide individuelle ou collective, ce que recherchent ces mamans-solos au sein des associations semble s’apparenter à du bien-être. Et c’est d’ailleurs ce que ces organismes proposent : l’un offre des cours de gymnastique sous forme de bulle d’air – leurs enfants sont durant ce temps-là pris en charge et tous partagent un bon repas après la séance de sport – et l’autre inclut les mamans-solos en tant que bénévoles au sein même de l’action collective ; ce qui s’avère leur apporter du sens dans ce qu’elles font.

Pour voir le reportage → « La maison des mères seules »

Être maman-solo, un défi du quotidien

Comme expliqué dans le documentaire, un foyer monoparental sur trois est mal-logé en Belgique. Pourtant, à l’instar de bien manger, se loger figure comme un besoin primaire et qui plus est lorsque l’on est parent. Pour Nina, maman de Léon, cela relève parfois de l’impossible : « C’est extrêmement difficile de trouver un propriétaire qui accepte un parent-solo car cela fait peur. » Heureusement pour toutes ces mamans en difficulté de logement, un concept de « collocation pour parents-solos » s’est développé dans les grandes villes en Belgique. « La collocation s’est présentée à moi comme la solution qui me permet de vivre dignement avec mon fils et malgré mes petits revenus… Avec les colocataires, on n’est pas de la même famille, on n’a pas les mêmes valeurs, mais on est des individus habitant ensemble, nous sommes solidaires… Cela permet de sortir de la solitude et c’est un réel plaisir de vivre en colocation ! »

La maison des parents solos

La maison des parents solos, qui existe depuis 2019, est un projet bruxellois alliant réseau familial et social, s’adaptant aux besoins des familles. L’asbl propose différents services, dont des actions collectives (ateliers enfants et ateliers parents), une permanence sociale, une consultation juridique ou encore un accompagnement psychologique. Composée d’assistantes sociales, d’une juriste ou encore d’une psychologue, l’association soutient ces mamans qui tentent de joindre les deux bouts, d’élever seules leurs enfants et de travailler. « Lorsqu’une maman fait appel à notre service, elle est bien souvent anxieuse. Et pour les enfants, il s’agit d’instants particuliers dans leur vie, au moment de la séparation de leurs parents ou de difficultés. L’enfant qui accompagne est donc dans un moment de fragilité. Je ressens que cet enfant va être très preneur de ce que moi je vais pouvoir lui apporter, plein de bonnes énergies ! » déclare Louise, à l’initiative du projet.

→ La Maison des Parents-solos                   

Co.Fa.Mon

Située dans la province de Liège, « Co-fa-mon » – qui signifie collectif des familles monoparentales – est « une chaîne de solidarité par des femmes et pour des femmes ». L’association, qui a également ouvert une petite boutique solidaire, aide actuellement plus de 1.500 parents en situation de grande précarité. Pour décrire son association, Marie-Claire Mvumbi, fondatrice et présidente du collectif, explique dans le documentaire d’Arte Regards :« Notre rôle est de lutter contre l’isolement social et mettre en place des projets de lutte contre la pauvreté. L’associatif aide, mais ne remplacera jamais le rôle des pouvoirs publics ; on ne fait que mettre un pansement sur des maux de société qui sont bien plus importants et qui appartiennent en réalité à la responsabilité de l’état… Prendre soin de sa population et encore plus de ceux qui sont défavorisés et donc en situation vulnérable. Parmi les mamans-solos, Caroline, maman de quatre enfants, travaillant au sein de Co-Fa-Mon, prend son rôle de bénévole à cœur et cela lui apporte aussi énormément de satisfaction : « Le fait de pouvoir se rendre utile, ça renforce aussi l’estime qu’on peut avoir de soi…Être dans le même bateau avec d’autres femmes, cela permet de déculpabiliser un peu car cela n’arrive pas qu’à soi. »

Collectif des familles Monoparentales (Co.Fa.Mon)

Samuel Walheer

« Notre santé, nos droits », la nouvelle campagne de l’OMS pour la journée mondiale de la santé

Depuis la création de l’Organisation Mondiale de la Santé le 7 avril 1948, on célèbre à cette date la journée mondiale de la santé. Et cette année, l’OMS a choisi comme thème « Notre santé, nos droits » ! L’objectif de cette campagne mondiale est de sensibiliser le grand public aux enjeux sanitaires et d’aspirer à un accès plus aisé aux soins de santé pour tous. Car chaque jour, des vies humaines sont mises à mal et des populations voient leurs droits à la santé être menacés ; que ce soit à cause des conflits, de la pauvreté, des changements climatiques ou encore des problèmes liés à la pollution dans l’air.


Selon le Conseil de l’OMS sur l’économie de la santé pour tous, au moins 140 pays reconnaissent la santé comme un droit humain dans leur constitution. Pourtant, aucun pays n’a adopté ni ne fait appliquer de lois garantissant à sa population le droit d’accéder aux services de santé. Cela explique pourquoi au moins 4,5 milliards de personnes – soit plus de la moitié de la population mondiale – n’étaient pas entièrement couvertes par les services de santé essentiels en 2021.

« Notre santé, nos droits »

Pour accompagner la campagne, le directeur général de l’OMS, le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, délivre un message clair :« Que pouvons-nous faire pour faire valoir nos droits à la santé ? Beaucoup ! La priorité est de connaître nos droits ! Nous avons le droit à des services de santé, d’éducation et d’informations de qualité. Notre santé dépend d’une eau potable, d’un air pur et d’une nourriture saine, d’un logement de qualité, d’un environnement et de bonnes conditions et d’un travail décent ou encore d’une certaine liberté, loin des violences et des discriminations. » Il rappelle également toute l’importance d’un accès aux services essentiels sanitaires à moindre coût, que les droits à la santé nous appartiennent et que l’implication de nos communautés est essentielle dans les décisions sur la santé et la responsabilisation de nos pouvoirs publics.

→ Vers la campagne de l’OMS

Pour une prise de conscience

Le message envoyé par l’OMS semble nous rappeler que notre santé est primordiale et qu’il faut en prendre soin. Cela passe par une prise de conscience personnelle sur son propre état mais aussi sur celui de notre entourage, de nos voisins, ainsi que toute personne sur terre. Le thème choisit pour la Journée mondiale de la santé 2024 se focalise sur nos droits à tous, en tant qu’être humain. Pour mettre cela en application, l’Organisation Mondiale de la Santé préconise quelques conseils : faire de la santé une priorité, connaître ses droits en matière de santé, prendre des décisions concernant notre propre santé, protéger nos droits à la santé en tant que droit humain fondamental, promouvoir le droit à la santé en tant que pilier intrinsèque de nos droits humains au sens large.

Que fait concrètement l’OMS ?

L’OMS aide les pays à remplir leurs engagements en assurant un accès sans discrimination à des services de santé de qualité et efficaces, ainsi qu’aux déterminants sous-jacents de la santé. Pour atteindre cet objectif, l’OMS :

  • plaide en faveur du droit à la santé et d’autres droits humains connexes, notamment au moyen de campagnes de communication (en anglais) ;
  • joue un rôle de sensibilisation aux droits humains relatifs à la santé, tels que le droit à des soins de santé sûrs ;
  • aide les pays à intégrer des normes en faveur des droits humains à leurs lois, à leurs programmes de santé et à leurs politiques, notamment en mettant au point des outils et des lignes directrices, tels que des orientations en matière de droits humains dans le cadre de la santé mentale (en anglais) et de la santé sexuelle ou reproductive (en anglais) ;
  • renforce les capacités des décideurs à adopter une approche de la santé fondée sur les droits ;
  • produit des données probantes, des analyses et des recommandations en matière de santé et de droits humains ;
  • collabore avec d’autres entités des Nations Unies pour faire en sorte que ceux-ci soient reconnus comme un pilier essentiel à l’efficacité des services de santé, notamment en mettant en œuvre la Stratégie des Nations Unies pour l’inclusion du handicap à chacun des trois niveaux de l’OMS.

Samuel Walheer

Focus sur les gîtes de naissance pour les 10 ans du Cocon

Le Cocon, premier gîte de naissance intrahospitalier en Belgique, a fêté ses 10 ans le vendredi 29 mars dernier. Une occasion unique de réunir les professionnel.le.s du terrain – des sages-femmes en majorité -, de retracer cette décennie d’existence du Cocon et de faire le point sur l’avenir des gîtes de naissance en Belgique. Born in Brussels y était pour vous.

La séance académique organisée pour les 10 ans du Cocon avait pour thème : « Gîte de naissance intrahospitalier : stratégie et enjeux ». Une rencontre enrichissante qui a réuni des experts renommés, des professionnels de la santé, des chercheurs passionnés et des personnalités politiques investies. Le partage de leurs connaissances et expériences fut précieux et a favorisé les discussions constructives sur l’avenir des gîtes de naissance intrahospitaliers.

PASSÉ et PRÉSENT

Les débuts du Cocon et ses défis

Le Cocon, premier gîte de naissance intrahospitalier en Belgique, est intégré au service de Gynécologie Obstétrique de l’Hôpital Erasme, au sein de l’H.U.B. Il s’agit d’un lieu où les futures mères peuvent mettre au monde leur enfant à leur rythme, dans un cadre sécurisant et dans une ambiance familiale, tout en apportant leurs propres compétences. Seules les femmes en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans complications et qui ont été suivies par les sages-femmes du Cocon, y sont accueillies. Pour présenter la genèse de cette initiative qui a tout juste 10 ans : Pr C. Kirkpatrick, Directrice émérite de la clinique d’obstétrique de l’H.U.B Erasme et Pr Y. Englert, Directeur émérite du service de gynécologie-obstétrique de l’H.U.B Erasme et ancien recteur de L’ULB. Au début du projet, selon eux, de grosses discussions ont eu lieu pour convaincre l’hôpital de modifier les horaires, de mixer des sages-femmes salariées avec des indépendantes… Bien sûr, beaucoup de réfractaires ne voulaient pas d’un tel lieu et les auraient accusés de vouloir revenir à l’accouchement douloureux, comme au 19e siècle. L’idée, au contraire, était – et est toujours – d’apporter une alternative à la prise en charge classique qui donne encore trop de place aux gestes techniques non indispensables, voire toxiques. Accoucher au Cocon ne coûte pas forcément moins cher, mais, dix ans après – à l’heure où ça s’étend et où c’est de mieux en mieux reconnu – force est de constater que ce n’était pas une mode et que c’est certainement moins toxique, plus personnalisé, permettant aussi l’empowerment des femmes (autant les futures mères que les sages-femmes).

Les femmes et l’accouchement aujourd’hui : regard socio-anthropologique

De gauche à droite : Laure Depuydt, Clotilde Lamy, Michèle Warnimont, Gonze Isaline, C. Kirkpatrick et Yvon Englert

La première intervenante pour cette partie sur l’accouchement des femmes aujourd’hui était R. Sestito, Sage-femme socio-anthropologue. Elle a abordé des thèmes aussi complexes que les violences obstétricales et l’importance des gîtes de naissance pour en venir à bout ; l’accouchement physiologique – opposée au pathologique – pour prendre conscience que ce ne sont pas que des soins prodigués, mais une réelle expérience de vie ; la justice reproductive qui implique le droit à un accouchement physiologique, autant pour des raisons écologiques que féministes…

La deuxième intervenante était M. Warnimont, Sage-femme chef adjointe émérite et initiatrice du projet Cocon. Elle a notamment dressé le profil des patientes du Cocon, qui, contrairement aux rumeurs, ne sont pas que des « bobos ». Elles sont généralement plus âgées, plus éduquées, plus aisées, venant d’Europe et, pour 60% d’entre-elles, nullipares (premier accouchement). M. Warnimont a ensuite évoqué les risques, car, comme elle l’a souligné : « On ne peut jamais balayer l’inattendu. Reste à savoir si l’on veut garantir la sécurité quoi qu’il en coûte ou la sécurité dans l’écoute ». 

L’intérêt du gîte de naissance au sein d’une maternité de niveau 3 : données épidémiologiques

Partie plus théorique ensuite avec C. Lamy, Directrice de la clinique d’obstétrique de l’H.U.B Erasme et L. Depuydt, Sage-femme chef adjointe du Cocon, qui ont évoqué différentes études internationales sur les gîtes de naissance et sur Le Cocon en particulier. Toutes ces études, et surtout celle de référence datée de 2011 (Birthplace study), disent toutes que la « midwifery-led unit » serait la meilleure option possible, autant pour la maman que pour le bébé. Du moins lorsque les critères d’inclusion et d’exclusion sont bien respectés : grossesses à bas risques, pas de barrières linguistiques, anamnèse correcte… Les résultats sont globalement encourageants et les risques semblent moindres ; sauf dans le cas d’un premier accouchement à domicile qui est déconseillé. Il est ainsi préférable de choisir un gîte de naissance intrahospitalier pour ne pas risquer un transfert compliqué et être entouré de sages-femmes expérimentées. Au Cocon, les femmes qui y accouchent (12% des accouchements de l’hôpital Erasme) subissent des taux de césariennes et d’épisiotomies moins élevés. Des résultats encourageants qui ont permis de rendre les relations entre les sages-femmes du Cocon et les gynécologues d’Erasme un peu plus cordiales au fil des années.

Le partenariat patient : témoignage de parents

Un témoignage ensuite, de la part de Yannick et Nordine qui ont vécu l’expérience Cocon et qui ont ensuite créé l’asbl « Les amis du Cocon ». « Il y a six ans, explique Yannick, tout ému, nous avons été accueillis au Cocon pour l’accouchement de notre fils Anton. L’équipe a demandé à Nordine si elle voulait aller dans la bassine et j’ai aussi voulu l’accompagner. Au début, je ne trouvais pas ma place, je ne me sentais pas utile. Alors la sage-femme m’a proposé d’aller derrière ma compagne et de la soutenir de cette manière. J’ai trouvé que c’était très bienveillant de toujours demander ce qu’on souhaitait faire, sans l’imposer. Grâce à cette position, j’ai pu ressentir toutes les sensations vécues par Nordine (ou presque) et l’accompagner du mieux que je pouvais dans sa douleur. C’était très fort. » Pour leur deuxième enfant, Yannick et Nordine ont également pu se rendre au Cocon et c’est après cette deuxième expérience « incroyable » qu’ils ont voulu contribuer à la promotion et au soutien du gîte de naissance en créant l’asbl. 

FUTUR

L’autonomie de la sage-femme belge : vers une trajectoire de soins pour les grossesses à bas risque

J. Vermeulen, Sage-femme, PhD en sciences de la santé publique, était le premier à intervenir dans la deuxième partie du colloque concernant le futur de ces gîtes de naissance. Comme on l’a vu plus haut, ces lieux où l’on donne plus de place aux patientes et où l’on privilégie le « slow accouchement », permet surtout une vraie autonomisation des sages-femmes. Grâce à ses recherches, J.Vermeulen a pu dégager quelques résultats sur cette question de l’autonomie. Sur les 312 sages-femmes interrogées, 85% se sentent en grande partie autonomes, mais 100% en voudraient davantage encore et les sages-femmes de Wallonie se sentent les moins autonomes. Il faudrait, pour améliorer leur situation : mieux accompagner la croissance des connaissances ; mener des recherches supplémentaires pour trouver comment renforcer l’autonomie professionnelle ; sensibiliser davantage le public aux compétences des sages-femmes ; permettre de meilleures collaborations en créant, par exemple, un ordre des sages-femmes ; etc.

M. Lardennois

Nouvelle réglementation en matière de gîtes de naissance et plateaux techniques à Bruxelles

Suite à sa présentation du 29 mars, grandement saluée par l’assemblée, M. Lardennois, inf MSc et DEA SP, Conseiller auprès des Ministres Maron et Trachte, a écrit ceci sur son compte LinkedIn : « Vendredi dernier j’ai pu présenter le travail réalisé par Alain Maron et le gouvernement bruxellois durant cette législature afin de permettre aux femmes de pouvoir plus et mieux choisir leur manière d’accoucher et leur suivi périnatal (cf objectifs du PSSI https://lnkd.in/eRNm4aK8 ). Bravo à Hôpital Erasme – Cliniques Universitaires de Bruxelles qui en développant ce lieu dédié à l’accouchement physiologique à bas risque a exercé pleinement son rôle académique en matière de pratique soignante : recherche, innovation, éducation, exemplarité. Tout hôpital bruxellois souhaitant comprendre comment mettre en place un tel gîte, ou simplement donner accès à son plateau technique aux sages-femmes de 1ère ligne, trouvera là des professionnels inspirants ! »  Parmi les avancées en matière de gîtes de naissance, il a notamment évoqué ces quelques points : des fiches de liaison devront être remplies pour éviter les pertes d’informations pré- et post- natales ; il faudra demander à la patiente si elle est suivie par une sage-femme extra-hospitalière et lui remettre la fiche de liaison ; la patiente devra obligatoirement se voir proposer une convention pour le suivi post-partum ; dès le premier septembre 2024, toutes les maternités devront être dotées d’un gîte de naissance ou, du moins, d’un plateau technique accessible aux sages-femmes indépendantes. M. Lardennois a aussi parlé des nouveaux subsides annuels accordés aux professionnels de première ligne de plusieurs structures (Amala, équipe de facilitatrices, Passages Maison de Naissance…). Enfin, concernant les mesures à venir, en concertation avec les neuf ministres dotés de compétences santé, il est question d’adapter le financement des maternités et de revoir la nomenclature des sages-femmes (seulement 1.600 euros net par mois pour l’instant ! )

Enjeux et défis hospitaliers

Dernier discours : celui de F. De Drée, Directeur général adjoint de l’H.U.B. Il s’est finalement penché sur les enjeux et les défis hospitaliers. De façon non-exhaustive, il a principalement parlé de la gestion des risques, une priorité institutionnelle à concilier et de la dimension financière. Pour ce dernier point, il a évoqué les honoraires actuels pour les accouchements qui privilégient grandement les gynécologues, de la facture moyenne moins élevée au Cocon par rapport à un accouchement classique, du soutien financier compliqué à ce genre de projet… Les sages-femmes de l’assemblée ont ensuite pu poser leurs questions et exprimer leurs multiples mécontentements. L’une d’entre-elles s’est même mise à pleurer en déclarant : « Trouvez-vous cela normal que je sois payée 250 euros net pour un accouchement qui peut parfois durer 35h ? J’en ai plus qu’assez de devoir parfois demander des enveloppes de cash aux patientes pour pouvoir m’en sortir… Il faut que cela change ! »

 

Sofia Douieb