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Accoucher « au naturel » : le CHU Brugmann se dote de deux salles physiologiques

Le CHU Brugmann vient d’inaugurer ses deux salles d’accouchement physiologique. Le projet, nommé Physalis, est né d’une collaboration entre sages-femmes, médecins et équipes techniques, pour proposer un cadre plus doux, respectueux du rythme de la naissance, tout en garantissant la sécurité des patientes. « Lumière tamisée, ambiance chaleureuse et liberté de mouvement : tout est pensé pour soutenir la physiologie. »
Salle d’accouchement physiologique – Photo : CHU Brugmann

 

Dès septembre 2025, la maternité du CHU Brugmann propose aux futures mamans ces deux salles physiologiques équipées de baignoires et de matériel favorisant la mobilité et le confort. À Bruxelles, plusieurs options similaires sont proposées pour accoucher de manière plus naturelle. Soit les gîtes de naissance comme Le Cocon à l’hôpital Erasme, soit les « plateaux techniques », comme on les appelle – ou « salles d’accouchement physiologiques » –, afin de permettre aux sages-femmes indépendantes de prendre en charge leurs patientes dans l’environnement sécurisant d’un hôpital. 

Accoucher « au naturel »

Selon la définition scientifique, l’accouchement physiologique – opposé au pathologique – est un processus naturel respectant les hormones de la naissance, visant à limiter les interventions médicales (sans péridurale) dans un cadre sécurisé. Il s’intègre dans la notion de justice reproductive qui revendique le droit d’avoir des enfants et d’accoucher dans la dignité, s’opposant aux violences gynécologiques et obstétricales ou aux discriminations. Le projet Physalis s’inscrit précisément dans cette philosophie de soins centrée sur la femme et sa famille.

Symbole de protection et de maturation, le nom « Physalis » illustre cette approche. Comme ce fruit protégé par une enveloppe délicate, la naissance est un processus naturel qui évolue à son rythme, jusqu’au moment de la rencontre », détaille le CHU Brugmann dans un communiqué.

Les gîtes de naissance

Depuis septembre 2024, tous les hôpitaux bruxellois ont reçu l’obligation d’intégrer un gîte de naissance au sein de leur maternité. Ou du moins, certains de leurs espaces ont dû rester disponibles aux sages-femmes indépendantes et médecins généralistes pour accueillir ce type d’accouchement. L’idée est simple : permettre aux femmes enceintes d’accoucher de manière naturelle, se sentir comme à la maison tout en conservant la possibilité d’une médicalisation. Concernant le gîte de naissance, il s’agit d’un lieu où les futures mères peuvent mettre au monde leur enfant à leur rythme, dans un cadre sécurisant et dans une ambiance familiale, tout en apportant leurs propres compétences. Seules les femmes en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans complications et qui ont été suivies par les sages-femmes du gîte de naissance, y sont accueillies.
  • Le Cocon (Hôpital Erasme – Anderlecht): situé dans l’hôpital, il est géré par des sages-femmes pour des accouchements physiologiques, offrant un environnement « comme à la maison ».
  • Pass-ages (Forest): maison de naissance proposant des chambres de naissance douces, un jardin, et la possibilité de séjourner quelques jours après l’accouchement.

Salles d’accouchement physiologique ou plateaux techniques

Étant donné que le gîte de naissance est plus compliqué à mettre en place, le plateau technique a été privilégié par la plupart des hôpitaux bruxellois. Cette option permet aux sages-femmes indépendantes de donner naissance en milieu intra-hospitalier. En pratique, la sage-femme, habilitée à pratiquer des accouchements physiologiques, “loue” une salle de naissance au sein de la structure. Cela permet ainsi aux futures mères d’accoucher « au naturel » dans leur hôpital habituel. 

  • CHU Brugmann : propose depuis 2024 des chambres physiologiques gérées en toute autonomie par des sages-femmes (le projet Physalis).
  • CHU Saint-Pierre : propose une salle d’accouchement spécifique équipée pour la gestion de la douleur sans péridurale (bain, lianes, ballon, banquette).
  • Chirec Maternité Delta (Edith Cavell) : dispose de salles de naissance conçues pour le confort, bien qu’orientées vers une prise en charge complète avec un plateau technique proche.
  • Hôpitaux Iris-Sud : un espace physiologique a été aménagé dès 2022 afin de permettre un accouchement moins médicalisé.

Perinatal Care : le modèle kraamzorg arrive en Belgique francophone

Il y a deux mois, Born in Brussels vous annonçait en avant-première la naissance prochaine du projet Perinatal Care, porté par Farah Bombaerts, visant à introduire le modèle de kraamzorg en Belgique francophone. Ce projet, déjà salué par les professionnel.le.s du secteur périnatal, vient de franchir une nouvelle étape : le dépôt officiel des statuts de l’asbl.

 

« Pour l’instant je suis occupée à travailler sur le logo et le site internet, les collaborations ainsi que la formation des aides périnatales », nous confie Farah Bombaerts.

Elle est également en quête d’un local pour l’asbl et cherche à collaborer avec des équipes de sages-femmes et de psychologues, tant pour la formation que pour le regroupement d’asbl, afin de proposer un service de coordination d’aides et de soins à domicile. Pour l’instant, dans l’équipe, elles sont trois : Farah Bombaerts, fondatrice et coordinatrice, accompagnée de Jessica Veris, consultante en structuration juridique et conseillère en allaitement, et de Débora Laurent, consultante pour la recherche de financements.

Un accompagnement global pour les familles

On sein du document de présentation de Perinatal Care – reçu en primeur – , on peut notamment lire que l’asbl entend offrir un soutien périnatal à domicile, de la grossesse aux premiers mois de vie de l’enfant, avec 12 visites personnalisées, une à trois fois par semaine, de 3h30 chacune. Les interventions couvrent trois axes : logistique (organisation du foyer, repas, linge, prise en charge des autres enfants), pédagogique (soins du bébé, conseils pratiques, récupération maternelle) et psychosocial (écoute, observation de la santé, orientation vers d’autres professionnel.le.s).

→ Lire notre précédant article sur le sujet : Aide postnatale : à quand le métier de « Kraamzorg » du côté francophone ?

Combler un besoin réel en Belgique francophone

Quelques éléments clés sur l’importance de l’émergence d’un tel projet en Belgique francophone sont ensuite avancés. Alors qu’en Flandre, le modèle kraamzorg existe depuis plus de 20 ans, les familles francophones restent souvent fragilisées au retour à domicile : visites ponctuelles de sages-femmes, services sociaux ou aides-ménagères non spécialisées. Perinatal Care vise à offrir un suivi structuré et coordonné, réduire l’isolement des parents et prévenir les difficultés médicales, psychologiques et sociales.

Les ambitions de Perinatal Care

À court terme les ambitions du projet sont : former le personnel de terrain et collaborer avec les équipes locales. À moyen terme : proposer un plan personnalisé et créer une équipe de soins à domicile. À long terme : intégrer le parcours de soin classique, contribuer à la reconnaissance du métier d’aide périnatale et certifier la formation.

Perinatal Care souhaite ainsi réduire les disparités territoriales, renforcer la cohérence des politiques de santé périnatale et offrir un soutien universel aux familles durant le post-partum.

Pour en savoir plus ou pour proposer votre aide au projet : www.perinatalcare.be / info@perinatalcare.be

 

Sofia Douieb

 

Le GAMS : 30 ans de lutte contre les mutilations génitales

Cette année, ça fera tout juste 30 ans que le GAMS Belgique se bat pour l’abolition des mutilations génitales féminines (MGF). Et l’association veut marquer le coup avec un événement d’envergure : rétrospective de ses actions, nouveau plan stratégique pour le futur, interventions diverses, workshops, projection, soirée musicale, etc. 

Le 27 juin, nous vous invitons à célébrer un cap fort : 30 ans d’engagement du GAMS Belgique aux côtés des filles et des femmes concernées par les mutilations génitales féminines, écrit le GAMS sur son site. Ces 30 ans, ce sont des combats menés collectivement, des défis relevés, des évolutions importantes dans la prise en charge et la prévention, mais aussi une vision renouvelée pour les années à venir. Cette journée sera l’occasion de revenir sur ce chemin parcouru, de partager notre nouveau plan stratégique et, surtout, de nous projeter ensemble vers l’avenir.

{ Communiqué de presse du GAMS }

30 ans d’histoire

Depuis sa création, en 1996, le GAMS a su mener de nombreux combats. L’association vivait, à sa création, sans subside des autorités publiques et se trouvait dans l’appartement de la fille de la présidente. Mais, petit à petit, le GAMS a su enfoncer des portes fermées. Le premier colloque international du GAMS Belgique a lieu, les premières brochures sont distribuées et des projets sont créés. Khadidiatou Diallo est nommée « femme de l’année » en 2005 en reconnaissance de son combat et de l’impact de son association. Le GAMS ouvre des antennes à Liège, Namur et Anvers, renforçant son impact dans toute la Belgique. Depuis 30 ans, l’association ne cesse de développer des actions : accompagnement des personnes concernées et de leur entourage, campagne de prévention, formation des professionnel.les et plaidoyer auprès des autorités publiques, consolidant sa position de référence dans la lutte de l’abolition des mutilations génitales féminines.

Participer à l’anniversaire de l’association

Le 27 juin, le GAMS vous invite à une journée exceptionnelle pour célébrer 30 ans d’engagement. L’association vous propose de revenir sur le chemin parcouru et de nous projeter ensemble vers l’avenir. La journée débutera à 9h avec un petit-déjeuner d’accueil. En matinée, vous aurez l’occasion de découvrir une rétrospective de nos actions, suivre l’évolution de notre association d’avoir un aperçu du nouveau plan stratégique pour les années futures.

La matinée sera rythmée par des interventions de Khadidiatou Diallo, Fondatrice du GAMS Belgique, Diariou Sow, Présidente du GAMS Belgique mais aussi Patricia Jaspis, Magistrate honoraire, Katinka In’t Zandt, Psychologue clinicienne, le Ministre Yves Coppieters et des Youth Activists. 

Pour la pause de midi, des stands de nourriture guinéenne et asiatique seront à disposition. Dans l’après-midi, nous vous invitons à participer à des workshops : projections du film « Puissantes », débats en français et néerlandais, discussion fish bowl « Protection pour toutes », sur Comment atteindre les filles et femmes au-delà du cadre de l’asile, ateliers artistiques. La journée se terminera par une soirée musicale jusqu’à 22h.

Un événement gratuit et ouvert à tous.tes, sur inscription

Romans graphiques et parentalité : les recommandations du secteur

Born in Brussels vous propose quelques recommandations littéraires autour de la parentalité ou, plus largement, la périnatalité. Les bandes dessinées ou romans graphiques sélectionnés sont validés par le secteur et concernent notamment le lien parents-bébé, la maternité toxique, la vie intérieure des bébés, la dépression post-partum ou encore les violences gynécologiques. 

Au cours des différents colloques, rencontres ou interviews effectuées par notre équipe, certain.e.s professionnel.le.s nous confient des idées, des bonnes pratiques et aussi, parfois, des recommandations littéraires. Voici donc une petite sélection de bandes dessinées plus ou moins récentes et approuvées par le secteur périnatal.

Ma vie de bébé : Immersion dans la tête d’un tout petit

De Héloïse Junier

Avec humour et finesse, cette bande dessinée propose de se glisser dans les pensées d’un bébé, encore incapable de parler mais déjà traversé par une vie intérieure riche. Elle permet de mieux comprendre certains comportements énigmatiques des tout-petits et invite à porter un regard plus empathique sur leurs besoins.

Les classiques de Sophie Adriansen

Un récit sensible sur l’après-naissance, où la mère peine à trouver sa place et à reconnaître celle qu’elle est devenue.

  • À voie haute : Donner naissance par césarienne, le chemin de l’acceptation

Ce livre aborde un vécu encore trop peu représenté : celui des accouchements par césarienne et du deuil de l’accouchement idéalisé.

Un texte puissant qui explore les relations mère-fille complexes, rappelant que la maternité n’est pas toujours synonyme de douceur et de sécurité.

Le Chœur des femmes : une autre façon de voir la gynécologie

Adaptation dessinée par Aude Mermilliod, à partir du roman original de Martin Winckler

À travers le regard d’une interne, ce roman graphique propose une immersion dans un service de gynécologie pas comme les autres, où l’écoute des patientes est centrale. Une lecture essentielle pour repenser la relation soignant.e / soigné.e et questionner certaines pratiques médicales encore trop verticales. La question des violences gynécologiques et obstétricales est ici abordée tout en subtilité.

La Grossesse pour les nuls en BD

Ce livre (plus ancien) passe en revue les grandes étapes de la grossesse et de la naissance et permet de répondre à de nombreuses questions. On y parle notamment des jours de fécondité dans le cycle menstruel, de l’annonce aux proches, des désagréments et de la sexualité pendant la grossesse, de la communication entre le fœtus et le futur papa, des affaires à prévoir pour la maternité, des douleurs à l’accouchement, des pleurs du bébé, etc. En bref, en à peine quelques heures de lecture, vous avez une bonne vue d’ensemble de ce qui vous attend si vous êtes enceinte ou l’heureux.se compagnon.gne d’une future maman. Le livre peut même être très intéressant pour un.e ado qui voudrait en savoir davantage sur le sujet.

D’autres livres recommandés

Sur Born in Brussels figurent déjà plusieurs avis sur nos lectures autour de la périnatalité, soit pour les parents, soit aussi pour les tout-petits :

 

Sofia Douieb

 

« En Espagne, tous les parents ont droit au même congé de naissance »

Depuis cinq ans déjà, l’Espagne a mis en place un congé de naissance égalitaire entre la maman et le papa, qui vient de passer à 19 semaines (au lieu de 15 précédemment). La Ligue des Familles a voulu creuser le sujet et y consacre ainsi un dossier de six articles : genèse du congé, témoignages, « corresponsabilidad », paternité en mouvement, etc.

En Espagne, tous les parents ont droit au même congé de naissance. Une réforme destinée à combattre, entre autres, les inégalités entre hommes et femmes. Tant au sein des familles – en augmentant l’implication des pères – que dans le monde du travail – en réduisant la pénalisation des mères – et dans la société en général », indique Le Ligueur, journal de La Ligue des Familles, en préambule de son dossier sur le sujet.

Deux articles en libre accès

Si la plupart des articles du dossier du Ligueur – soutenu, dans ce projet, par le Fonds pour le journalisme – sont réservés aux abonnés, deux d’entre eux sont en libre accès : « Congé de naissance : des papas témoignent » et « Le long chemin vers la « corresponsabilidad » ».

Le premier article donne la parole à Vincent, Sergio et Dìdac. « Ils sont devenus papas en Espagne ces dernières années et ont passé autant de temps que leur compagne auprès de leur bébé. Pour le Ligueur, ils partagent leur expérience du premier congé de naissance égalitaire. »

Le second papier parle de la « corresponsabilidad », un mot espagnol « très utilisé en Espagne pour désigner l’égalité parentale. Le modèle coresponsable est celui dans lequel hommes et femmes ont des rôles similaires : ils consacrent le même temps aux soins et participent de manière égale au marché du travail. Une conception à l’opposé du modèle traditionnel du père pourvoyeur de revenus et de la mère pourvoyeuse de soins. »

Vers le dossier complet du Ligueur

« Les possibilités d’implication sont vraiment partagées à 50-50 entre un père et une mère »

Derrière cette enquête d’envergure se trouve la journaliste Valentine De Muylder. Elle a récemment été interviewée par la radioTendances Premières afin d’expliquer plus amplement son projet. Elle relate par exemple ses rencontres à Barcelone avec ce papa français, ravi d’avoir pu rester si longtemps avec son enfant : « Il a vraiment pris conscience de ce que c’est que de prendre soin d’un enfant au quotidien sans se tourner systématiquement vers la mère qui peut encore souvent être considérée un peu comme la principale responsable des soins » précise la journaliste à Tendances Premières. Elle évoque aussi ses recherches auprès d’économistes ou autres spécialistes du sujet. Elle a notamment découvert que « dans certains hôpitaux à Barcelone, pour les couples hétérosexuels qui entament un suivi de grossesse, il est possible pour les futurs pères de participer à un groupe animé par une sage-femme et un animateur anthropologue spécialisé pour réfléchir au modèle de la paternité. Et aussi à prendre conscience que, mis à part certaines différences biologiques, leurs possibilités d’implication sont vraiment partagées à 50-50 entre un père et une mère ».

Écouter l’interview de la journaliste Valentine De Muylder dans son intégralité

Quid de la Belgique ?

Dans son interview, la journaliste donne une piste intéressante sur les avancées belges en la matière : « En Belgique, une réforme des congés familiaux est annoncée avec sur la table l’idée de créer des semaines de congé supplémentaires qui seraient liées à l’enfant. Donc, les parents pourraient choisir qui le prend. À entendre les économistes espagnols, le risque, c’est que ce soient les mères qui les prennent et que les pères les prennent assez peu. Et donc, que l’on n’aille pas forcément vers plus d’égalité avec ce type de liberté de choix, entre guillemets. » C’est d’ailleurs pour cela que le congé de naissance espagnol respecte deux conditions essentielles pour conserver l’égalité : que le congé soit très généreusement rémunéré et qu’il soit intransférable du père à la mère. « Car si les congés sont transférables entre conjoints, et que le père a la possibilité de céder une partie de ses congés à la mère, en pratique, ils le font », explique enfin la journaliste.

 

Sofia Douieb